Les Mondes de Nessa D.

Liferoad knitting
Retour en haut

Accueil > Liferoad & blabla > Coming out et boules de gomme #1 : Il était une fois...

dimanche, le 16 avril 2017.

Coming out et boules de gomme #1 : Il était une fois...

2017 - semaine 15 : Zebra Liferoad

Coming out : Le coming out, contraction de l’expression coming out of the closet (sortir du placard) désigne principalement l’annonce volontaire d’une orientation sexuelle ou d’une identité de genre. Par extension, le terme coming out peut désigner l’annonce publique de toute caractéristique personnelle, jusque-là tenue secrète par peur du rejet ou par discrétion : l’appartenance à une religion, des opinions politiques, l’appartenance à une organisation comme la franc-maçonnerie, l’appartenance à une association ou un parti, une profession jugée honteuse ou au sujet de laquelle le secret est exigé, etc. (Source : wikipédia.org)

Boules de gomme : L’origine de cette expression est un mystère en soi. Elle aurait été employée pour la première fois par Henry de Montherlant en 1949 dans sa pièce "Demain il fera jour". Pour d’autres, il s’agirait d’un jeu de mots construit à partir du « mystère de la Bégum » faisant référence au roman de Jules Verne "Les Cinq Cents Millions de la Bégum". Une dernière explication suggère que cette locution serait liée aux "boules de cristal" des voyantes qui, si elles sont faites d’une matière opaque, empêchent de déceler le mystère. L’utilisation courante et populaire de cette expression fait référence à une chose dont on ne sait rien, qui reste un mystère à découvrir (Source : edilivre.com)

Il était une fois...

Je suis en première maternelle. Un tout petit bout de chique dodu. Je suis ravie d’enfin aller à l’école. Je m’impatientais depuis des semaines, je voulais aller voir ce qui se passait à l’école et à quoi ressemblaient les autres enfants.
Je me revois dans la cour de récré, seule. Personne ne me rejette, quand je vais vers les autres enfants, ça se passe bien. Mais je ne ressens pas le besoin de me mélanger à eux, ce dont j’ai besoin, c’est de les observer, voir comment ils fonctionnent. Je me promène dans la cour comme si j’évoluais sur un plan parallèle.

Première primaire. L’institutrice déclare à mes parents qu’elle n’a jamais vu une enfant aussi captivée par ce qu’elle enseigne. Elle croit que je suis en permanence concentrée sur ce qu’elle dit. C’est faux. Je réalise que c’est un atout, que je suis capable malgré moi d’avoir l’air captivé alors que je suis ailleurs. Bien sûr, les premiers instants, j’écoute attentivement, juste le temps nécessaire, après, je décroche, encore et encore. Je ne comprends pas certaines choses, comme le fait de prévoir qu’on termine l’apprentissage de la lecture pour fin décembre. Je ne me sens pas capable. Pas capable d’attendre ! J’attends depuis bien trop longtemps déjà. Le soir, j’apprends à lire toute seule, en cachette : c’est facile, l’école a distribué un livre pour ça. Il suffit de feuilleter les pages plus loin que demandé. Les vignettes dorées s’accumulent dans le bulletin. Je ne m’ennuie pas à l’école. Pas encore. Il y a tant à faire en ce début de primaire : s’entraîner à lire encore et encore, améliorer son écriture, encore et encore, admirer le beau porte-plume, sentir l’odeur des bancs et des cahiers. Essayer de comprendre les relations sociales entre mini-humains aussi.

Je suis en 2e primaire. Je vais vivre deux événements importants.

Le premier concerne les relations sociales. J’ai une "meilleure amie". Enfin. Il semble de bon ton d’en avoir une et je suis heureuse d’y être arrivée. Elle est rigolote, elle a un physique atypique (elle est grande, très mince et possède une montagne de boucles sur le sommet du crâne), elle est dégourdie, elle me plaît. Et je lui plais. Je ne sais pas pourquoi évidemment. Et puis la cata. Elle me présente sa cousine qui est plus âgée, elle est scolarisée dans la même école que nous. Je la trouve passionnante. Moins rigolote certes, mais elle est plus grande, plus posée. Elle sait plein de choses et je peux lui poser plein de questions. Un jour d’excursion collective, j’ai le malheur de vouloir m’asseoir à côté d’elle dans le car, j’espère profiter du voyage pour échanger avec elles sur plein de sujets. Ma meilleure amie n’a pas compris, elle a fait une crise que je n’ai pas compris. C’en était fini de notre amitié.

Le deuxième concerne les cours. L’instit a dit à mes parents que j’étais "très intelligente", que j’aurais un bon parcours scolaire et que "j’irais loin", sans doute à l’université. J’étais évidemment aux anges, pas fière du tout, plutôt soulagée en fait. Et puis on a commencé à étudier la conjugaison. Allez savoir pourquoi, j’ai eu du mal à assimiler (je ne sais plus quel temps par ailleurs hein, c’est loin quand même ;) ). Je me suis trouvée stupide, ridicule, nulle. J’étais dans une incompréhension totale de moi-même. Et même si j’ai fini par m’en sortir à merveille avec la conjugaison (surtout le subjonctif plus que parfait que j’adorais : trop rigolo), j’ai décidé que je n’étais pas intelligente, que j’étais quelqu’un qui avait du mal et qui devait ramer et fournir des efforts énormes, 8 ans et déjà une usurpatrice puisque même mon instit ne voyait pas que j’étais nulle. Encore une instit qui se trompe sur moi me suis-je dit.

J’ai été première de classe jusque la fin des primaires, j’ai eu une nouvelle meilleure amie, la même jusqu’au bout. Je suis rentrée dans les rangs, j’étais comme tout le monde, je m’estimais heureuse, j’y étais arrivée, j’avais eu chaud me semblait-il.

A l’adolescence, les émotions ont pris le dessus. Je vivais tout trop intensément, je passais des heures à vivre des choses intérieurement, que ce soit en lisant énormément, en écoutant de la musique, en me perdant prodondément dans mes mondes intérieurs ("les mondes de Nessa D." ;) ) J’étais toujours très bonne élève malgré des difficultés en math et en sciences, je n’arrivais pas à me concentrer sur certains cours, j’étudiais tout par coeur pour être certaine de ne pas me tromper faute de temps pour tout décortiquer, je rêvais de me passionner pour les cours en regardant "L’Etudiante" avec Sophie Marceau, mais je n’y arrivais pas. Socialement, ça n’allait pas non plus, la plupart des filles me semblaient soit cruelles, soit à des années lumière de moi ; je préfèrais passer du temps avec les garçons et les marginaux. Je n’étais ni populaire, ni marginale, ni coincée, ni... je n’étais rien. Je ne rentrais dans aucune catégorie. Pourtant, je n’étais jamais seule, j’ai noué pas mal d’amitiés, mais il manquait quelque chose à l’équation.

En rétho, j’ai recontré un garçon "différent". Lui non plus ne rentrait dans aucune catégorie. Il était cultivé, intelligent, beau, ouvert, sensible, il se tenait bien. Il ne comprenait pas ce qu’il faisait là non plus. A la fois bon et mauvais élève, à la fois populaire et marginal. Bien sûr, je le trouvais trop beau pour moi, trop intelligent pour moi, trop tout. J’étais certaine de me faire jeter, j’ai essayé de rester dans mon coin, mais il faut dire que ce n’était pas mon style. Donc je l’ai abordé.Oui, on peut à la fois raser les murs, se faire toute petite et avoir une grande gueule, dire ce qu’on pense sans prendre de gants, dire tout de go à un garçon "tu me plais". Oui une seule personne peut présenter des facettes opposées à ce point - et être saine d’esprit - maintenant je le sais ; ). Je ne vais pas vous raconter la magie de notre relation à l’époque, son décalage total pour qui l’observait dans l’incompréhension la plus... totale. Avec lui, j’étais à la maison : pour la première fois de ma vie je ne ressentais plus ce décalage incessant. Et je lui plaisais. Je ne vous raconterai pas non plus pourquoi nous en sommes restés là. Par contre, la fin de nos moments à deux m’a fait tirer le même genre de conclusion que pour mes soucis de conjugaison. Or, j’étais à un carrefour de ma vie, face à deux embranchements : la fin de notre relation m’a fait prendre le chemin de la norme, de la normalité, du mainstream, appelez-ça comme vous voulez. En tous les cas, je n’ai pas pris la route de qui j’étais dans ma tête et dans mon coeur, ça c’est certain. Si une relation avec un être avec qui je me sentais comme à la maison ne pouvait pas éclore, c’est que je me leurrais sur moi-même. Il était temps que je grandisse, que je rentre dans l’âge adulte, que je sois raisonnable, que je rentre dans le rang dans les faits mais surtout dans ma tête, une bonne fois pour toutes.

Au fil des années, je me suis donc appliquée à me "normaliser". Chaque "remarque" me faisait un peu plus rentrer dans le rang et perdre aussi un peu plus de mon essence.
"C’est bizarre, tu emploies beaucoup de métaphores, tout le temps". Hop, j’arrêtais.
"Tu emploies un drôle de vocabulaire, comme dans les livres, tu ne sais pas parler et écrire normalement ?" Hop j’arrêtais.
"Tu sais plein de choses, plein de détails, mais des trucs qui ne servent à rien". Oups, aurevoir les détails.
"Tu dois t’endurcir".
"Tu es trop rapide"
"Tu es trop lente"

Etc.

J’aurais pu continuer mon chemin de la sorte, mais la vie est pleine de rebondissements. (Je vous invite d’ailleurs à lire mon "A propos" pour plus de détails à ce sujet ;) )

Et la lumière fut...

Il y a trois ans à peu près, les raisons de ce décalage ont été indentifiées. Il porte plusieurs noms parce qu’aucun ne lui convient. Quel que soit le terme, je vous dirais qu’il me dérange parce qu’il ne veut rien dire et qu’il n’est représentatif de rien, que du contraire. Comme la majorité de mes "semblables", je ne crie pas mon état sur tous les toits car l’humilité est une de ses caractéristiques contrairement à ce qu’on pourrait croire. Pour tout te dire, très peu de gens sont au courant de ce que je vais te dire là, à toi qui me lis, au point que certains de mes proches vont l’apprendre en lisant cet article (et d’écrire ces mots, elle rougit...)

Pourquoi le dire, qui plus est publiquement ?

Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que je suis dans une démarche d’acceptation, de compréhension et d’amour envers moi-même, de ce que je suis et surtout de ce que j’ai à offrir. Ca fait partie de ma "thérapie". Je pense également que cette démarche m’aidera à libérer mon écriture (je n’ai pas encore atteint le degré souhaité à ce niveau).

Je suis "HP". Je suis une personne "à haut potentiel". Je suis un zèbre. (Remarquez que je n’ai pas écrit "surdoué", j’y reviendrai prochainement).

Je n’ai pas assez de cet article pour vous expliquer ce que cela implique et les difficultés parfois violentes que j’ai rencontrées et que je rencontre encore dans mon quotidien. Je n’ai pas assez de cet article non plus pour vous parler plus en détails des conséquences de ce constat tardif. J’ai tellement de choses à vous raconter à ce sujet, non seulement pour aider à l’intégration des personnes a-normales* (quel que soit l’a-normalité) mais aussi pour apporter ma modeste contribution à soutenir les personnes qui portent en elles l’a-normalité qui est la mienne. D’autant plus qu’elle est difficile à comprendre et à entendre quand on ne la vit pas vu que tout est surtout question d’émotions et d’intensité de ces émotions, le tout englobé par une forme de logique propre.

*a-normal dans le sens "qui ne suit pas la norme" et pas dans le sens péjoratif qu’on pourrait lui donner ;)

J’espère que cet article vous aura plu. Si oui, n’hésitez pas à le partager sur les réseaux, à me laisser commentaires et/ou questions. Jusqu’au dernier moment, j’ai hésité à appuyer sur le bouton "publication", vos retours me feraient chaud au coeur. Et, quoi qu’il en soit, la suite au prochain épisode =)

Nessa D.

Commentaire(s)


Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Bienvenue !


... et bonne visite sur le blog ! Vous y trouverez surtout du tricot, mais aussi des sujets de "vie". Mes objectifs ? Moins de tripalium, plus de liberté, d’autonomie et de créativité ! Le tout le plus sainement possible, quel que soit le domaine. Pour en savoir plus, je vous invite à lire ma page "A propos", directement dans le menu.

 
 

Me suivre, ailleurs ...


 

Mes instantanés...


 

Explorer les mondes